Méthodologie

Qu'est-ce qu'une cohorte épidémiologique ?

Une cohorte épidémiologique est un type d’enquête de santé, dont le principe est le suivi longitudinal, à l’échelle individuelle, d’un groupe de sujets.

Les cohortes peuvent ainsi répondre à des objectifs multiples. Elles permettent de décrire et de suivre l’évolution des problèmes de santé d'une population, de même que de l’exposition à des facteurs de risque. Elles permettent également d'étudier de façon dynamique les effets d’exposition à des facteurs de risque sur des problèmes de santé divers.

Une prise en compte optimale de la dimension temporelle

Sur le plan méthodologique, les avantages principaux des cohortes sont la possibilité d’analyses épidémiologiques longitudinales permettant de tenir compte au mieux de phénomènes liés au temps.

Il est ainsi possible de modéliser l’enchaînement et les interactions des différents facteurs relatifs aux conditions de vie (alimentation, habitat, accès aux soins, réseau social, ...), à l’environnement (conditions de travail, expositions professionnelles et environnementales, ...), et à l’état de santé (chronologie des phénomènes pathologiques).

Par ailleurs, les données d’exposition étant recueillies avant la survenue des effets analysés, on évite certains biais potentiels des études rétrospectives au cours desquelles des sujets sont interrogés a posteriori sur leur exposition (biais de mémorisation par exemple, phénomène qui veut qu'un sujet atteint d'une maladie se souvienne mieux de son exposition passée à des facteurs de risque potentiels qu'un sujet indemne de la maladie).

Globalement, les études de cohorte sont celles qui permettent de proposer les meilleures conditions pour juger du rôle sur la santé d’interventions préventives ou de facteurs de risque en termes de causalité, tout en permettant de prendre en compte les évolutions temporelles et les interactions entre facteurs.

Particularités de la cohorte Gazel

La cohorte Gazel est une cohorte dite "fermée" : les 20 000 volontaires sont entrés sous observation en 1989 et depuis cette date, aucun autre nouveau sujet n'a été inclus.

L'originalité de la cohorte Gazel, par rapport à d'autres réalisations comparables, est sans doute la diversité des problèmes de santé pris en compte, et la multiplicité des données recueillies de façon prospective et permanente à diverses sources.

 

Participation des volontaires à l'autoquestionnaire
 
Après 20 ans de suivi, la participation à l'autoquestionnaire semble s'être stabilisée autour de 72%. Ce ne sont pas forcément les mêmes volontaires qui répondent d'une année à l'autre. Seulement 3,1 % des sujets n'ont jamais renvoyé leur questionnaire annuel après l'inclusion.
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Un suivi quasi-exhaustif !

Le suivi des participants de la cohorte Gazel s'appuie sur le fait que les agents d'EDF et GDF forment une population «captive», dont le suivi systématique est assuré par ces entreprises pendant leur période d'activité professionnelle comme après leur retraite. Différents éléments du statut d'EDF et GDF permettent en effet d'assurer un suivi quasi-exhaustif.

La garantie d'emploi fait que les salariés ne quittent pratiquement jamais leur entreprise en cours de carrière, sauf démission. La retraite étant versée par l'entreprise, les retraités restent en contact avec l'entreprise sur le plan administratif jusqu'à leur décès.

Un élément décisif sur le plan épidémiologique est que les salariés ne quittent pas l'entreprise en cas de problème de santé empêchant l'activité professionnelle. Divers dispositifs du statut permettent en effet aux salariés qui sont dans cette situation de bénéficier d'une «longue maladie» ou d'une «invalidité» pendant lesquelles ils continuent d'appartenir à EDF ou GDF : ainsi on n'a aucun perdu de vue occasionné par un problème de santé, ce qui enlève tout biais de cette nature.

Si les sorties de l'entreprise en cours de carrière sont exceptionnelles, les mutations professionnelles avec changement éventuel de domicile sont en revanche fréquentes. Heureusement, un système informatique performant («Gestion du Personnel Sur Ordinateur» ou GPSO) assure une mise à jour permanente du fichier des salariés et permet de disposer de leur nouvelle adresse personnelle, notamment pour l’envoi de l’autoquestionnaire, dans un délai bref.

Au total, les seuls vrais perdus de vue de la cohorte Gazel sont les sujets qui démissionnent en cours de carrière ou qui demandent explicitement à sortir des fichiers. Ces situations sont exceptionnelles : fin 2008, le nombre de perdus de vue était de 107 (soit 0,5%).

La situation en 1989

Parmi les 46 288 agents de la population cible (femmes âgées de 35 à 50 ans et hommes âgés de 40 à 50 ans), 20 625 agents (44,6%), soit 15 011 hommes et 5 614 femmes, se sont portés volontaires pour faire partie de la cohorte Gazel.

Du fait de la faible proportion de femmes dans l'entreprise (20%), leur amplitude d'âge, avait été choisie plus grande de celle des hommes, dans le but d'augmenter la probabilité de leur participation. De fait, la proportion de femmes dans la cohorte est de 27 %, supérieure à celle des femmes à EDF et GDF.

Les volontaires vivant en couple constituent la très forte majorité. Plus de 80 % des volontaires ont des enfants au foyer. La distribution des volontaires par rapport au collège ne reflète pas celle des agents d'EDF et GDF de la classe d'âge concernée. En effet les agents de maîtrise et surtout les cadres se sont plus portés volontaires que les agents d'exécution. Toutefois la promotion interne est importante à EDF et GDF, et de nombreux agents de maîtrise sont des anciens agents d'exécution.

 
Structure de la cohorte au 31 décembre 2006
structurecohorte

 

A l'origine, tous les volontaires étaient en activité. Au fil des ans, le nombre de retraités a augmenté progressivement jusqu'à atteindre, en 2006, près de 90% des hommes et 70% des femmes. Ceci permet de s'intéresser à de nouvelles questions de santé liées au passage à la retraite ou au vieillissement.

Depuis 1989, l'équipe Gazel (Unité 88 Inserm puis Unité687 Inserm-CNAMTS, et aujourd'hui UMS 11 Inserm-UVSQ) recueille régulièrement un ensemble d'informations relatives à la cohorte Gazel. Ces informations sont mises à la disposition de la communauté scientifique, après dépôt et acceptation d'un projet de recherche.
Télécharger le catalogue des données 2015

Sources des données :

Un autoquestionnaire annuel : adressé à tous les volontaires chaque début d’année, par voie postale. Ses questions, récurrentes pour la plupart, couvrent des champs extrêmement variés concernant leur mode de vie (alcool, tabac, alimentation…), leurs conditions de travail, facteurs psychosociaux, événements de vie, et état de santé.

Les services médicaux de l’entreprise : Le Service Général de Médecine de Contrôle (SGMC) transmet des informations sur l'absentéisme pour raison de santé, ainsi que les données de ses registres de pathologies  (cancers et maladies cardiovasculaires) survenant chez les agents en activité). Les médecins du travail complètent les données professionnelles des salariés (expositions professionnelles, conditions de travail).

Les services du personneld’EDF et GDF complètent les données administratives, et permettent notamment la mise à jour et le suivi des adresses.

Le Service Commun des Causes médicales de décèsde l’INSERM transmet les causes médicales de décès.

A ces sources de données initiales, se sont rajoutées au fil des années :

Les données recueillies au cours des campagnes d’examens de santé : Entre 1999 et 2004, les volontaires de la cohorte ont été invités à passer un bilan de santé dans les Centres d'examens de santé de l'Assurance maladie. Au cours de ces campagnes, des données cliniques et paracliniques ont été recueillies, et une banque biologique a été constituée.

La Camieg, qui a succédé aux CMAS, joue le rôle de caisse d’assurance maladie dans le cadre du régime particulier de Sécurité Sociale d’EDF-GDF. Elle transmet depuis 2000 des données sur les consommations médicales des volontaires (consultations, médicaments, actes médicaux, hospitalisations, ALD).